samedi 2 août 2008

La fausse veuve, Florence Ben Sadoun

Quelle bonne surprise quand, comme beaucoup de blogueuses, j'ai reçu un mail de la part de chez-les-filles.com pour m'offrir en avant-première, un livre de la future rentrée littéraire! (Merci!!)

Alors au premier abord, la présentation du livre ne m'a pas emballé :

"Aujourd'hui je suis plus vieille que toi alors que j'avais neuf ans de moins que vous..." Ainsi commence La Fausse Veuve. Tutoyant et vouvoyant dans la même phrase son amant disparu, l'héroïne lui raconte, et nous raconte, dix ans après, l'histoire qui leur a été volée. Ce que furent leur amour, leurs moments de bonheur, et aussi le désespoir, leurs muets tête-à-tête à l'hôpital quand, victime d'un grave accident
cérébral, il s'écroule, et se réveille paralysé et privé de parole. Face au drame du "locked-in syndrome", face à la destinée légendaire d'un personnage que les médias se sont sont approprié, une femme n'oublie pas qu'il était un homme. Comment se parler d'un souffle ? Comment s'aimer sans se toucher ? Comment lire les battements d'un coeur au rythme d'un battement de paupière? C'est ce chemin escarpé, compliqué, et parfois très éloigné du deuil, qu'on suit dans ce roman en s'arrêtant sur les cases de l'enfance, en reculant sur celles de l'amour et de la religion, et en sautant à pieds joints sur celle de la mort comme au jeu de la marelle"

Et puis je me suis laissée embarquée par l'histoire, par la force des mots. La narratrice raconte de façon extrêmement touchante sa "presque" histoire d'amour avec un homme réduit à l'état de légume. Presque histoire d'amour car elle est "l'autre", la maîtresse, celle que l'on rejette, que l'on oublie. Celle qui est de trop... Sauf qu'ils s'aimaient.
L'alternance dans l'écriture entre le "tu" et le "vous" pour désigner son amant marque l'envie de se détacher pour ne plus souffrir.. mais cette incapacité à le faire. L'écriture, à fleur de peau, trahit ce sentiment. Comment ne pas être émue?

De plus, tout rappelle "le scaphandre et le papillon" (jusque sur la couverture). La narratrice parle de trahison du film par rapport à sa vie :
"Alors ces inconnus que je n’aurais pas aimé croiser dans un dîner parlent de vous. Parlent de toi. Non pas du vrai toi mort depuis dix ans, mais d’un toi vulgarisé. C’est ton nom qui sonne comme une carcasse vide, devenu celui d’un personnage de film, un héros qu’ils ont l’impression de connaître. Ils en sont convaincus. Je ne le supporte pas. J’ai la chair de poule. Je ne bouge pas, j’écoute comme si mon esprit sortait de mon corps et allait s’asseoir à leur table pour entendre, décortiquer, vomir sur ce qu’ils disent."
Ce livre parle d'un deuil. Le deuil d'une femme non considérée, d'une femme amoureuse.. JE vous offre un de mes passages préférés :
"Tu es rangé quelque part. Je ne sais pas très bien où, mais en tous cas tu n’es plus posté sur mon épaule, à surveiller qui me touche, qui je touche. Planqué dans les circonvolutions de l’imparfait, bien au chaud, comme disent les enfants, tu ne fais plus de ravages dans mon présent, ni le jour ni la nuit, et d’ailleurs je ne te donne pas forcément de futur.
Mon avenir, mes demain appartiennent à quelqu’un d’autre. D’ailleurs vous auriez plutôt été un futur à conjuguer en hébreu, une temporalité qui n’existe pas dans cette langue où demain se conjugue à l’inaccompli.
Comme nous."
Je ne peux que vous le recommander! A lire les avis de Praline, du paperblog, et de Lily

5 commentaires:

Joelle a dit…

Je vais bientôt le lire moi aussi alors je survole ton billet !

sandrounette a dit…

Oui! J'ai hâte de lire ton avis.

Véronique D a dit…

J'ai aussi lu ce livre et fais un commentaire il y a déjà deux semaines... Je le remettrai pour la sortie vers le 20 août, avec des liens sur les autres avis... J'étais partie avec un a priori négatif (livre court et écrit gros, souvent je n'aime pas à l'arrivée), et j'ai plutôt aimé, un peu comme une récréation entre des livres plus sérieux que je viens de terminer (Amos Oz, Yasmina Khadra) ou que je viens de commencer (La montagne de l'âme de Gao Xingjian).

olivier a dit…

Véronique, La montagne de l'âme de Gao Xingjian est très mal traduit; au final ça en devient insupportable - sur ce coup-là, les éditions de l'aube se sont un peu planté, les propos du prix nobel de littérature 2000 ne veulent parfois rien dire en français.
En ce qui concerne La fausse veuve, le commentaire de notre serial lectrice m'a donné envie d'y jeter un œil.Je cherche justement un livre qui soit à la hauteur du dernier roman que je viens de terminer: L'or des talus de Jean-Louis Carrasco Penafiel (Délit éditions). C'est un premier roman qui ne dresse pas un portrait très tendre de la vie mais le style est vraiment surprenant, un peu à la Céline, et le ton est tenu jusqu'au bout. J'espère que ce bouquin fera parler de lui, il est très loin de la littérature tiède qui envahit nos librairies. Lectrissima, à quand un papier sur ce livre.

sylvie a dit…

je me suis aussi laissée emportée par le force des mots mais j'ai eu quelques réticences à faire un billet enthousiaste. Quelques questions sans réponses, et une attitude très paradoxale par rapport à la surexposition de l'intime m'a quelque peu refroidie...